Londres au XIXème siècle

L’Angleterre fut transformée au cours de XIXe siècle par la révolution industrielle. En 1801, seulement 20 % de la population vivait en ville contre 50 % en 1851. Arrivés en 1881, les deux tiers des habitants du pays s’étaient installés dans une ville.

Ce siècle est marqué par l’époque victorienne aujourd’hui synonyme de profonds changements sociaux, économiques et technologiques au Royaume-Uni, phénomènes que l’on retrouve dans la capitale même.

Une population grandissante qui modifie le paysage

Au cours du XIX siècle, la population de Londres passera de 950 000 habitants à 6 millions. Cette augmentation s’explique par l’immigration rurale, à laquelle s’ajoute un afflux d’immigrants irlandais, pendant la famine des années 1840, qui s’installent dans le quartier des Docklands.

Londres accueille aussi de nombreux immigrants juifs provenant d’Europe orientale, où ils sont victimes de pogroms. Ils posent généralement leurs valises dans l’East End, à Whitechapel ou Stepney, où ils travaillent comme tailleurs. Au nombre de 20 000 en 1850, la population juive double à Londres dans les années 1880.

Tout bon lecteur de Charles Dickens le sait, la capitale comprenait des quartiers de taudis qui se sont multipliés avec l’accroissement de la population. Cela entraine une situation sanitaire déplorable. La ville est ainsi frappée par différents fléaux, comme le typhus, la variole ou le choléra dont l’épidémie de 1849 coûte la vie à 14 000 Londoniens.

De telles conditions facilitent sans surprise la propagation des maladies, à une période où l’espérance de vie est faible et le taux de mortalité est élevé. En somme, il ne faisait pas bon vivre à Londres en ce temps-là ! Cela aura pour conséquence de voir la naissance du Metropolitan Board of Works en 1855 pour fournir à Londres l’infrastructure nécessaire pour répondre à ses besoins croissants.

Toute décision d’importance est généralement prise une fois qu’on a mis le nez dedans. Pour la création d’un système d’égouts convenable, ce fut à la suite de la Grande Puanteur de l’été 1858. Le système est terminé en 1875 — le nombre de morts par maladie chute drastiquement après. Les premières toilettes publiques avaient fait leur apparition à Londres peu de temps avant, en 1852. Signalons aussi que si les familles de classes moyennes vivaient souvent dans des maisons avec des salles de bains à la fin du siècle, ce n’était pas encore le cas pour les familles ouvrières.

Carte de Londres réalisée par Edward Mogg, vers 1806. Source : awesomestories.com

S’il a fallu attendre si longtemps pour les égouts, c’est en 1807 qu’une lampe à gaz est utilisée pour la première fois à Pall Mall. Ce type d’éclairage est généralisé à partir de 1815 et il est présent un peu partout à Londres dès les années 1840. C’est à compter de 1880 que le gaz d’éclairage cède progressivement sa place à l’électricité, avec une première utilisation à Holborn en 1883.

Qui dit population importante, dit extension de l’agglomération londonienne qui est rendue aussi possible par le développement impressionnant des transports publics. Des omnibus hippomobiles, utilisés par la classe moyenne, circulent à partir de 1829, alors que les tramways hippomobiles, pour une clientèle dite plus populaire, prospèrent au même rythme en parallèle. On comptabilise 1541 trams tirés par 14 000 chevaux desservant Londres en 1898.

La grande révolution des transports publics de cette période reste le chemin de fer, avec la première ligne londonienne (London Bridge-Greenwich) mise en circulation en 1836. La première ligne de métro à Londres (et du Monde) est quant à elle ouverte en 1863. Au bout de quelques mois, elle transporte vingt-cinq mille personnes par jour.

Le XIX siècle est une période d’aménagement sur tous les fronts. De multiples parcs sont arrangés dans la capitale, avec l’ouverture de Regent Park en 1838, de Victoria Park en 1845 et de Battersea Park en 1858.

De nouveaux musées voient le jour, à commencer par le Musée Victoria et Albert en 1852. Il est suivi par le musée des sciences qui ouvre ses portes en 1857, puis par le Musée d’histoire naturelle en 1881.

Lambeth High Street,1847.
La Cour égyptienne au Crystal Palace, 1854. Ce vaste palais d'exposition en fonte et verre fut édifié à Hyde Park pour abriter la Great Exhibition de 1851. Il fut ensuite démonté et reconstruit, sous une forme agrandie, au sud de Londres, dans le quartier qui porte encore son nom. Il brûla en 1936.
Cathédrale Saint-Paul de Londres,1855-9. Elle a été construite après la destruction de l'ancien édifice lors du grand incendie de Londres de 1666.
Lambeth Palace, vers1860.
London, 1877. Un docteur des rues.

Big Ben, 1890.

Londres, dans les années 1890. Un homme change une ampoule dans la rue.
Église St Andrew Undershaft, 1891.
Tower Bridge en 1892. Le pont est en construction depuis 1886 et approche de son ouverture qui a eu lieu en 1894.
Tower of London, 1895. 1st. Suffolk Regiment.
St James’s Street décoré pour le Jubilé de diamant de la Reine Victoria en 1897. Il s'agit de l'une des principales rues de St. James's, un quartier du centre de Londres dans le district de la Cité de Westminster. Le défilé pour le Jubilée a pris place le mardi 22 juin, journée alors déclarée jour férié en Grande-Bretagne.

Des industries florissantes pour une population toujours dans le besoin

Londres ne cesse de se développer, de s’étendre, de s’agrandir au cours de cette période. Son port a dû faire face à une surpopulation de bateaux qui pousse à la construction de près d’une dizaine de quais.

La capitale est une ville professionnelle florissante, hébergeant des raffineries de sucres, des minoteries ou encore des usines pour la fabrication de conserves. Sans oublier les brasseries à travers Londres. Bermondsey et Southwark étaient en ce temps célèbres pour la fabrication de chapeaux et son industrie du cuir, alors que l’on se rendait à Bethnal Green pour de bonnes chaussures. Le quartier de Clerkenwell était quant à lui réputé pour la fabrication d’horloge, de montres et de bijoux.

En somme, de nombreuses industries coexistaient à Londres, mais cela ne mit pas pour autant un frein à la pauvreté. Les foyers étaient souvent surpeuplées et il existait des demeures dans l’East End où une personne pouvait louer un lit pour la nuit avec quelques pièces. Sans argent, vous étiez envoyés dans une maison de travail, où les difficiles conditions avaient pour but de dissuader les gens de demander de l’aide à l’État.

La classe ouvrière londonienne mangeait simplement : pain, beurre, pommes de terre et bacon. La viande de boucherie était un luxe au début du siècle. Le développement du chemin de fer et des bateaux à vapeur facilita l’importation de graines bon marché venue d’Amérique du Nord qui permit de réduire le coût du pain. La consommation de sucre progressa et la réfrigération permit l’importation de viande d’Argentine et d’Australie. À la fin du siècle, le régime alimentaire de la population s’était ainsi amélioré.

Cartes de Londres de 1898-9 montrant la pauvreté de la ville – de Charles Booth

La classe ouvrière avait d’ailleurs peu de temps libre et dut attendre la seconde moitié du siècle pour voir sa situation évoluer sur ce point. Le Bank Holiday Act de 1871 permit aux travailleurs d’avoir quelques jours de congés payés par an. Dans les années 1870, certains employés et travailleurs qualifiés ont commencé à obtenir des vacances annuelles payées, mais cela était une minorité. La notion de week-end vit par ailleurs le jour à la fin de ce siècle, lorsque les travailleurs obtinrent une demi-journée de libre le samedi.

Ce temps libre facilita le développement d’autres activités, telles que la lecture qui était populaire au cours de ce siècle où fut publiée la première histoire Sherlock Holmes. La classe moyenne appréciait les soirées musicales ainsi que le théâtre. Les activités sportives s’organisèrent, avec la création de la Fédération anglaise de football en 1863 qui a pour but de préciser les règles du jeu. En 1865, le journaliste John Graham Chambers codifie quant à lui les combats de boxe anglaise.

La révolution industrielle ne se fit bien évidemment pas sans douleur et comme à toutes périodes de l’histoire, la pauvreté était présente. Mais elle aida à améliorer la qualité de vie. Une production en quantité entrainait des prix à la baisse et, par extension, une plus grande accessibilité. L’alimentation s’améliora, le développement du transport offrit de nouvelles opportunités et la vie devint un peu plus agréable.